• © Tomas Wüthrich

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Avant de me mettre à vous écrire mon courrier trimestriel, qui est vrai un peu tardif et je m’en excuse, j’aimerais vous souhaiter une très bonne nouvelle année, de la bonne santé, de réussite dans ce que vous entreprendrez, de douceur et de bonheur. Les jours ont passé très vite. Noël en famille avec nos enfants et Léa, notre petite fille, une fête magnifique, car nous étions tous réunis. Puis la sortie de mon livre et la tournée avec le « Wörterseh Verlag » (journées de dédicace avec l’éditeur) ou j’ai pu vivre des moments fraternels et qui nous a permis d’aller dans les grandes villes de Suisse Alémanique et de rencontrer des personnes si gentilles, remplies d’émotions pour ce que nous accomplissons dans notre Centre l’Espoir. Tout cela m’a permis de recharger mes batteries et surtout de pouvoir parler de ceux qui nous sont si chers, toutes nos mamans, enfants et démunis à qui nous pouvons sauvegarder la dignité dans n’importe quelle circonstance.
Et une personne m’a dit un jour : « Pour pouvoir sauver quelqu’un qui est en train de se noyer, tu dois d’abord savoir nager. »


De retour à Bassam depuis deux jours je me rends compte, oh combien ce magnifique endroit m’a manqué ! Avec ses joies et ses peines, ses souffrances, ses bonheurs, ses sourires, ses larmes, cet endroit tellement particulier dans ce monde, que cela me fait vraiment chaud au cœur de le retrouver. Le jardin est magnifique, tout a tellement poussé, les orchidées que nous avions reçues, toute cette végétation tropicale, nos arbres fruitiers, dit-on chez nous, qui sont des manguiers, papayers, bananiers, avocatiers et fruits de la passion, les fleurs du paradis, les roses, etc…c’est juste de toute beauté.

Blumen Bassam 2 Feb 20  Blumen Bassam Strauch 2


De retrouver les enfants, qui semblent grandir si rapidement, deux mois d’absence petits et grands ont beaucoup changé. Il y a aussi leurs carnets scolaires qui m’attendaient – pour la plupart d’entre eux sont bons, d’autres un peu moins et certains qui n’ont pas travaillé du tout. Mais tous en bonne santé, malgré leur lourd passé, tous souriants, heureux d’avoir trouvé une maison où ils sont aimés, respectés, soignés, nous leur préparons un avenir avec « l’Espoir » à une vie normale.

Il y a deux nouveaux enfants, un petit garçon de quatre ans, Jordan. Et puis une petite fille de six ans qui s’appelle Jacky, qui était très malade en arrivant, amaigrie et triste, sans sourire. Aujourd’hui elle mange toute la journée, il me semble qu’elle veut rattraper ces années de faim et de souffrance qu’elle a laissée derrière elle. Ils sont maintenant 42 parmi nous, la petite Ruth qui a 6 mois et peu importe qui la prend dans ses bras, elle sourit, et notre ainé de 24ans. Quel bonheur de retrouver ces enfants pleins d’énergie et de force. Notre petite Davila, qui a tant souffert à cause de ses multiples comas et AVC, a gardé une hémiplégie du côté gauche – elle est toujours aussi rayonnante et heureuse, malgré le régime qu’elle doit suivre, ni sel, ni sucre, et croyez-moi, je lui tire mon chapeau, elle le fait sans pleurnicher. Interdit également les gâteaux d’anniversaire et les chips, elle comprend que c’est pour son bien. Je les aime tant tous nos enfants, ils sont courageux, et pour les jeunes ados et adolescents il n’est pas toujours évident d’imaginer leur futur. Souvent ils se posent des questions comment vivre toute une vie avec ce virus qui leur est donné en héritage de leur maman.

Geburtstage Februar 2020 1 Samira Reine Ablo Yacou 3  Jacky und Davila Jan 20 3
Les anniversaires en février                                                                                            Jacky et Davila

Et nos 80 employés, eux aussi – heureux d’avoir eu une augmentation de salaire, ils le méritent tant – ils sont courageux : le travail n’est pas facile, mais ils sont motivés et reconnaissants de pouvoir subvenir aux besoins de leurs petites familles. Quelle joie de les revoir. Et certains malades que l’on retrouve – d’autres nous ont quitté pour pouvoir rentrer à la maison ou même sont partis à la maison éternelle, ou ils ont trouvé la paix.

Monsieur Gozé
J’aimerais vous raconter la destinée de Monsieur Gozé, 37 ans. Une dame nous a amené son fils il y a 4 ans. Une maman de 60 ans qui est soignée chez nous. Son fils, incapable de bouger, les jambes recroquevillées, une main écartée et l’autre posée le long de son corps. Mais il continuait de parler, il n’avait pas perdu sa voix. Nous l’avons installé dans un lit, de retour au bureau sa maman nous a raconté son histoire.

Mr Gozé est né légèrement handicapé : il boitait et avait quelques problèmes pour bouger un bras. Malgré ce handicap ce ne l’a pas empêché d’aller à l’école. Il a appris à faire du savon, du shampoing artisanal, qu’il vendait à des petits salons de coiffure. C’est comme ça qu’il arrivait à gagner sa petite vie simple d’honnête citoyen.

Un bon matin, très tôt, il était en train de se diriger vers Adjouffou, voir une de ses clientes, il se fait attaquer par une bande de « MICROBES ». Ce sont de très jeunes bandits, encore des enfants entre 10 et 12 ans, qui agressent prêts à tuer pour voler, et ils ne dérobent pas seulement le bien de ceux qu’ils attaquent, mais ils les persécutent. Ils lui ont découpé la fesse droite, l’ont poignardé dans la colonne vertébrale et frappé la tête avec une matraque. Ils lui ont tout volé et l’ont laissé pour mort.

C’est dans cet état-là que sa maman nous l’a amené avec un taxi et depuis ce jour, il n’a plus quitté son lit, impossible de s’assoir, ni même bouger. Il ne peut pas manger seul et ne rien faire de ce qui faisait son quotidien. Il est parfois très agressif avec les soignants, parfois sa souffrance psychologique est si forte qu’il hurle comme un animal blessé. On lui a acheté une radio afin qu’il puisse écouter les nouvelles, tous les jours on le sort avec une chaise roulante dans la cour, où il peut regarder la télévision.

Les petits Jan 20 2    M Goze 1 2

Nos petits                                                                                                                 Monsieur Gozé

Les dimanches matin, comme il ne peut pas aller à l’église, j’amène l’église vers lui. Nous chantons ensemble et nous avons découvert, qu’il a une magnifique voix. Sa chanson préférée, qu’il a appris par cœur et qu’il nous réclame sans cesse, est notre chanson « You Raise Me Up ». Je lui lis la Bible, on essaye de comprendre et je sens que ces moments paisibles l’apaisent énormément et lui font du bien. Autre chose lui fait du bien aussi, mais on fait en sorte qu’il n’abuse pas : un bon verre de vin de palme, bien frais, qui a pratiquement le même degré d’alcool que la bière. Et je vois notre Mr Gozé avec sa musique et son verre de vin, heureux, chantant et souriant. Et chaque fois je me rends compte de la Grâce que nous avons reçu de pouvoir donner des petits moments de bonheur à un homme au destin si tragique, pouvoir lui sauvegarder toute sa dignité et lui faire comprendre, que grâce à lui nous aussi sommes profondément heureux.

Chères donatrices, chers donateurs, je vous remercie sincèrement de tout mon cœur de votre aide pour améliorer la vie de milliers d’êtres humains. Je vous souhaite beaucoup d’amour et de moments lumineux.

Meilleures salutations
Lotti Latrous

PS : Au moment où je termine mon courrier, j’apprends que les bulldozers et autres engins sont arrivés à Adjouffou très tôt ce matin, accompagnés par l’armée. Tout va être détruit et 500’000 personnes, ce sont des familles entières, perdent tout ce qu’ils possédaient – et c’est déjà si peu. Certains avaient un petit commerce, qui faisait vivre un quartier et une famille, une petite maison, souvent faite en tôle, mais c’était leur toit, et ils espéraient tous une vie meilleure. Aller où ? Recommencer à zéro ! Je sais que nous allons être confrontés à une année extrêmement difficile, car nombreux savent où nous sommes et seul « l’ESPOIR » et la foi pourra les sauver, et donner à nous tous suffisamment de force pour pouvoir recommencer, encore et toujours. Merci à vous tous pour votre attention à notre désespoir.